Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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Fiches-tuto: l'avant-propos

Bien que je communique ici des recettes simplifiées, la teinture végétale ne se prête pas bien  au principe des "fiches-recettes".

Pourquoi?

Trop de variables sont en jeu: depuis l'eau jusqu'au colorant en passant par la fibre.

Quelle fibre utilisez-vous? Pure laine ou mélange laine/soie ou laine/acryl? De la laine de récup', détricotée d'un pull? De la laine d'alpaga ou de mouton?

Quel coton? Un coton bien décati, débarrassé de tous ses additifs? Un fil de coton mercerisé (qui, notoirement, prend mieux la teinture) ou un fil de lin pour reliure? Ou un T-shirt à recycler? Mélange avec du lin? de la viscose?

Quelle source de végétaux utilisez-vous pour teindre: des racines à peine récoltées, en plein automne ou au début du printemps? Des plantes croissasnt sur un sol riche ou pauvre (le contenu de la plante différera voir l'exemple de la garance). Depuis quand ces végétaux sont-ils cueillis? Broyée, la garance ne donnera pas les mêmes couleurs après 5 ans que fraîchement broyée.

Sous quelle forme utilisez-vous les végétaux? Sous forme d'extrait? Auquel cas la couleur obtenue dépendra du mode de fabrication.

Avec quelle eau teignez-vous? Si elle est chargée en minéraux, on change la donne de la teinture... Si elle est acide... Si elle contient du fer.... etc etc.

Les variables sont si nombreuses qu'il est illusoire de se baser sur des fiches-recettes.
J'en communique tout de même sur le forum tricofolk (doublées sur ce blog-ci à partir d'aujourdhui), dans un esprit particulier: qu'elles servent de tremplin à la créativité de chacun. Je propose de suivre le mode opératoire que j'y décris la première fois à la lettre. Observer les résultats, quelle que soit la couleur obtenue. Adapter selon son environnement d'atelier.

Quand on amorce un périple technique, il est humain de vouloir demander un protocole, une recette, pour faire ses gammes à la lettre. Mais l'art et l'artisanat ne sont finalement qu'affaire de contexte.

Une illu, qui m'est revenue en préparant des champignons à la crème ce midi. En vacances chez des amis, un invité rapporte des champignons "bio".
"Toi qui écris des livres de cuisine, tu nous ferais un chouette repas avec ça?"
Je m'y attelle. Ledit invité me voit laver les champignons à l'eau et lance à la cantonnade: "Et elle se dit cuisinière! Mais on ne lave jamais les champis voyons".
Pouvais-je lui dire que ces champignons-là, tout bio qu'ils étaient, étaient flétris, au point que la terre se cachait au fond des plis, indélogeable sans eau? Que, débutant, il s'était fait avoir par un marchand véreux, tout bio qu'il soit?
Tout est affaire de contexte: la règle veut que.... mais les faits demandent que....

Chaque fiche simple est doublée d'une "fiche du curieux" où l'on trouvera quelques commentaires pour comprendre comment prendre son envol...

Le coeur du livre à paraître est différent des livres, pourtant si riches que j'ai pu lire sur le sujet: j'y inviterai les lecteurs à comprendre les intervenants (les produits, les extraits, les ajouts, etc.) ains que les procédés, sans pour cela connaître plus en chimie que la simple notion d'acidité ou d'alcalinité. Pas de formule chimique, rien de complexant. Mais bien une question lancinante: pourquoi? Que se passe-t-il dans la cuve quand j'ajoute chti et brol? quand j'acidifie? quand je chauffe...

Ma grande-tante russe nous serinait "en hiver, couvre bien tes extrémités, tu n'auras jamais froid". Par "extrémités", elle entendait qu'il fallait garder la tête, les mains et les pieds au chaud. Je n'ai pas compris pourquoi mais j'ai pu tester: sans suivre ce bon conseil, je me les gelais; en suivant ses préceptes, je tenais le coup face au froid.

C'est sur le même ton que je vous propose d'écouter des préceptes de bon sens, de les vérifier et de les mettre en oeuvre.

Il n'y aura pas de théorie dans le livre, car mes camarades d'écriture ont déjà pavé le chemin sur ce plan. Rendez-vous chez xxx.

Quand vous avez appris à marcher, vous n'avez pas lu un précis de mécanique avant, que je sache... Quand je donnais des cours d'anglais aux adultes, je les faisais parler, mimer, jouer; ce n'est qu'après qu'on formalisait la grammaire. Ici, je me propose de fonctionner sur le même rythme: d'abord on teint, puis on comprend et on formalise un procédé.