Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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Bases générales - Rappels pratiques pour toutes les teintures naturelles

Rappel puisque je m'adresse à des teinturiers un peu aguerris, qui connaissent déjà le minimum minimorum en teintures synthétiques ou naturelles.

Toujours soigneusement décatir la fibre, qu'elle soit toison ou tissu, avant de teindre. Les graisses (toison, par exemple) prendront la teinture mais seront éliminées au premier lavage. Les apprêts industriels de fils et tissus (pectine et autres adjuvants) empêcheront une prise égale de la teinture. Décatir peut être simplement laver au savon; parfois il faut plus décaper que laver.

Poids des fibres. Lors de l'achat ou de la préparation (mise en écheveaux en série, découpe de pans de tissus), il est bien pratique d'étiquetter toutes les fibres, à sec, en série. Utiliser des carrés de tyvek en étiquette, y inscrire les notes avec un marqueur indélébile - histoire qu'ils résistent tous deux aux nombreux bains.

Systématiquement peser et étiquetter les fibres en série. Gain de temps!

Avant de les immerger dans le bain de teinture, humidifier les fibres à coeur en les laissant tremper de quelques minutes à (mieux) quelques heures dans un seau d'eau, avec quelques gouttes de détergent lessive liquide ou détergent vaisselle. Ils sont utiles non pour laver ces fibres, mais pour agir comme surfactant: ils forcent l'eau à pénétrer dans la fibre.

Systématiquement, la veille du jour prévu pour teindre...
Humidifier les fibres dans un bain à peine savonné, ce qui permettra un meilleur unisson des couleurs.
Humidifier le coton et le lin dans un bain un peu alcalin.

extrait du Traité de.... de Leuchs

Choisir des récipients où la fibre a bien de la place pour se mouvoir. Dès que la fibre est immergée, appuyez pour éliminer toutes les bulles d'air, qui provoqueraient des taches. Déposer un poids (assiette en céramique de récup').

Pour tous les bains, il vaut mieux utiliser l'eau de pluie ou de l'eau déminéralisée. Ce n'est que pour la garance qu'on emploie systématiquement l'eau du robinet quand elle est calcaire. A défaut, ajouter 1 cuill. s. de craie dans le bain pour un même résultat.

Les plantes et les insectes donnent mieux la couleur, plus vite, plus densément si ils sont utilisés en poudre. Teintures aux extraits colorants: il suffit d'adapter le dosage de colorant. Dans une recette typique de teinture par la garance, remplacez les 100g de garance de la recette par 10g d'extrait de garance riche.

La dose de liquide dépend du procédé:

  • teinture - prévoir vingt fois plus de liquide que le poids du tissu (rapport 1:20 ou 1:30): pour un écheveau de 50g, minimum absolu de 2 litres d'eau.
  • extraction - prévoir un minimum absolu de dix fois plus de liquide que le poids des plantes (rapport 1:10 mais peut être 1:20), soit 100g de végétaux à extraire dans 1 litre d'eau minimum, 3 litres au mieux.

La dose de colorant dépend de la fibre et non du liquide: si vous diluez 2g d'extrait colorant dans 1 litre ou dans 3 litres d'eau, les cent grammes de fibre prendront ce qu'il faut de colorant, que vous avez dosé en fonction de la fibre. Mais dans un litre d'eau, la fibre se mouvra avec bien moins d'aisance et sortira probablement teinte irrégulièrement.

Quand arrêter la cuisson au bouillon? Dès que la cuisson est terminée, le jus est clair, ce qui signifie que la fibre a pris toute la couleur. On jette le bain. Au début, je gardais ces fonds de bains, c'est du gaspillage d'espace...

On peut arrêter avant une minute fatidique, si l'on cherche un ton particulier, plus doux. Pour évaluer la justesse du ton, quand c'est mouillé, impossible - sauf si, conseil de Michel Garcia, on regarde au soleil par transparence, ce qui révèle la couleur finale. Voir la photo ci-dessous

Petit truc similaire à celui que j'utilise en peinture: j'ai toujours des chutes de gyproc, je badigeonne un peu, ça pompe si vite que ça sèche tout de suite et zoup, je connais ma couleur finale.

Laisser la fibre refroidir dans le bain de teinture permet que plus de molécules colorantes s'attachent et que la couleur dégorge moins que si l'on sort la fibre et qu'on la rince illico. Ce procédé n'est efficace que pour les toisons, rubans et fils. On ne l'utilise pas pour les tissus, qui en sortiraient bringés.

Si vous êtes pressé, eh bien, sortez la fibre immédiatement du bain de teinture, sans la laisser s'imprégner de quelques micromolécules de couleur. Essorez au-dessus du bain.

S'il s'agit de laine, essorez sans tordre ni frotter, ce qui la feutrerait. Laissez-la refroidir à l'air. Ne rincez à l'eau froide que quand la laine est bien refroidie, sinon... mais oui... elle feutrerait. Pas toutes les laines, certes, mais soyons prudents.

Les pseudo-cuissons en Slow-dye. On peut mener des teintures naturelles en version écono-logique en marmite norvégienne, en teinture solaire d'été ou d'hiver, en macération à froid... toutes versions qui épargnent la conso d'électricité. Pour les laines et les soies, la condition est qu'il y ait chauffe à un moment, pour que la fibre s'ouvre. Simplement tremper une laine dans un jus froid est très aléatoire. Seule la cuve d'indigo l'autorise, car elle est très alcaline (l'alcalinité ouvre aussi les fibres). C'est sur le même principe que Jenny Dean a inventé les extractions de colorant alcalines à froid.

A retenir. Si on teint à froid, le faire en bain alcalin. Sinon, un minimum de chaleur (40°C) et du temps (2 à 3 jours).

Toujours bien rincer pour éliminer ce qui n'est pas bien attaché (fer, cuivre, par exemple; on ne voudrait pas qu'ils passent par la peau ensuite...).

Je lave même toujours au détergent après la teinture, pour éviter que la couleur ne dégorge ultérieurement en lessive sur d'autres tissus. Je ne lave que par série (tous les écheveaux et tissus, de quelque couleur qu'ils soient), car je fonctionne en écono-logie. Un seul bain de lavage pour tous.

Après teinture, ne pas utiliser de savon de Marseille mais bien des détergents modernes. Le savon à l'ancienne ne convient pas aux eaux calcaires, telles qu'on en reçoit via les eaux de distribution de tant de villes belges (et françaises?). Il formerait des sels insolubles avec le calcaire. Je l'ai appris à mes dépens lorsque, en toute bonne volonté, j'ai voulu remplacer en 2010 les poudres classiques de lessive par une décoction à l'ancienne, sans penser à utiliser d'anticalcaire (ben oui, c'était aussi une poudre). Résultat: linge gris!
Je vous invite à faire l'expérience: savon de Marseille dans un seau d'eau chaude du robinet. Si votre eau de distribution est calcaire, vous verrez à l'oeil nu ces sels... J'imagine qu'à la lessive ils s'étaient collés aux tissus.

Légende urbaine ou pas? Certains teinturiers du net laissent la fibre ensuite oxyder à l'air quelques heures avant de la rincer et de la sécher. Pas d'info pro sur cette pratique. Je ne m'y adonne pas, car ça allonge drôlement le procédé.

Je ne sais si cela tient de la légende urbaine, à vérifier pour les plantes autre que la garance: il faudrait de lentes montées en chaleur, étalées sur une heure. Super pour un pro, qui dispose du matériel ad hoc. Pour un hobbyiste, c'est pratiquement infaisable. Monter à 80°C en une heure - et pas moins! - demande que le teinturier reste, le thermomètre à l'oeil, en permanence à côté du bain de teinture pour surveiller la montée à la minute près. Kfoui! On peut éviter cet écueil si l'on pratique le semi-bouillon ou le quasi-froid.

Dans les légendes urbaines, qu'on va renommer ici "légendes de respect pour nos Pères", je risque les foudres des uns et des autres: pourquoi utiliser la crème de tartre pour les laines? Diverses raisons sont avancées, mais toujours sans référence à des études ou des démonstrations. "Ce produit ralentit la fixation du mordant sur la fibre et garantit ainsi le bon unisson des couleurs"... "C'est un agent anti-feutrage qui préserve la fibre lors des opérations de mordançage et de teinture" ..."brillance des couleurs" ... "adoucisseur d'eau dure" ... "agit en tampon et couvre tout excès d'acidité ou basicité d'eau". Si c'était le cas, il faudrait alors l'utiliser pour toutes les fibres, non? Bizarre...

Tant que je n'ai pas compris les tenants et aboutissants exacts, je ne l'utilise pas systématiquement.

Je publie désormais sur ce blog et sur le forum tricofolk quelques fiches de "teinture efficace modernisée" où je reprends entre autre les nouveaux rapports de mordant (8 à 10% d'alun), bien plus légers que les anciens (20 à 25%). Aussi efficace à 8% qu'à 25%, et moins délétère pour la fibre, qui s'abîmerait dans le temps.

J'espère que ces textes aideront les explorateurs parmi les teinturiers à mieux comprendre les processus, pour les déployer à leur mode. Chaque fiche "simple" sera doublée d'une fiche "documentation du curieux", explicitant les procédés que j'y mets en oeuvre.