Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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Fiche-tuto. Connaitre son environnement en teintures végétales

Bases minimales à connaître en teintures végétales. Résumé télégraphique, brouillon d'un livre à paraître pour les hobbyistes. Mes tutos sont destiné aux amateurs qui ont déjà les bases de chez base en teinture naturelles.

1. Type de fibre et procédés

Savoir à qui on a affaire, car la procédure de teinture sera un peu différente selon le type de fibre.
Abréviations dans mes textes P majuscule et C majuscule.

  • Les protéiques sont: laine (y compris mohair, alpaga, angora, cachemire), soie, polyamide (nylon) - et la fourrure animale ou les cheveux humains, mais ce n'est pas notre sujet....
  • Les cellulosiques sont: coton, lin, chanvre, jute, kapok, ramie, viscose - ainsi que le raffia et le papier.

Voici des principes que vous adapterez à l'environnement et aux circonstances, mais en gros:

  • les protéiques aiment l'acidité, raison pour laquelle on ramène souvent la laine à son pH acide par un post-bain d'eau vinaigrée - surtout après des traitements alcalins comme la cuve d'indigo. Elles supportent jusqu'à 4 de pH. En-dessous: gare!
  • les cellulosiques prospèrent en alcalin. colorants: on n'extrait pas pareillement la couleur d'une racine ou d'un pétale de fleur... Modération avec les pH caustiques: pH de 10 est correct (max: 14).

Savoir qu'il faudra un fixatif différent selon la fibre. C'est grâce à la très claire déconstruction par Michel Garcia lors d'un stage, que je peux mieux mener mes teintures, les mordançages et les post-bains de modifieurs.

  • Les protéiques comme la laine ont une affinité pour la forme "soufre".
    Mnémonique: pensons à l'oeuf, aux fromages: protéines soufrées.
    Les protéiques réagiront bien aux sulfates (d'alun, de fer, de cuivre).
    On les mordance en les trempant simplement dans du sulfate d'alun.
  • Les cellulosiques, étant des combinaisons de sucres, ont une affinité pour les formes acétylées (qui sont de la même famille chimique).
    Mnémonique: pensons au sucre du vin, qui tourne en vinaigre (acétyle).
    Les cellulosiques accrocheront aux acétates (les sulfates ci-dessus, seront transformés en acétates par un ajout de vinaigre).
    Il leur faut un traitement comme l'acétatalunage (mon abrégé pour "mordançage à l'acétate d'alun"), dont la recette est ici.
Je ne reprends pas les explications chimiques d'el senor Garcia car elles sont hors de propos dans un ouvrage orienté hobbyiste. Et parce que je ne les comprend pas! Plus tard, peut-être.
J'en garde simplement les déductions au plan pratique. Les protéiques supportant les acétates, je privilégie cette dernière forme pour mes bains permanents de fer et de cuivre.
Les protéiques se décomposant en bain alcalin surtout à chaud, je les leur fais subir à froid. Plus doux, comme traitement.

2. Extraction de la couleur - bouillon de teinture

Savoir ce qu'on fait: une extraction de couleur ou un bain de teinture; ou les deux en même temps.

Il faut ensuite savoir que certains végétaux prospèrent mieux en bain alcalin qu'acide ou acide qu'alcalin - et parfois même ont besoin d'alcool pour donner leur essence. On fera la liste en son temps. Exemple: les racines, les écorces et les bois ont souvent besoin d'alcalin pour donner leur couleur à froid. Les pétales de fleurs comme le souci: en bain acide.

On retient: le pH idéal dépend de la plante lors de l'extraction
et dépend de la fibre lors de la teinture

Autres principes à connaître: avant l'extraction de la couleur par bouillon ou semi-bouillon, il vaut toujours mieux broyer très finement et faire tremper de longues heures, en versant de l'eau très chaude pour amorcer. L'extraction sera plus rapide ensuite.

Extraction par bouillon: parfois il suffit de 30 minutes à 60°C. Les professionnels -- voir tous les compte-rendus d'études scientifiques indiennes disponibles sur le net -- ont des valeurs différentes (1 h à 80°-90°C) , mais les tonalités sont si peu différentes au final que pour nous, hobbyistes à l'oeil écologique, 30 minutes à 60°C est largement suffisant. Quand on ne passe pas à l'extraction à quasi-froid, bien sûr. Ou au semi-bouillon en marmite norvégienne (amorcer 10 minutes à 60°C, poser un couvercle, emballer d'une couverture en laine bien chaude, laisser infuser 24 heures).

Vu la saturation de certains bains d'extraction, on peut procéder à deux à trois extractions successives pour bien vider le végétal de son colorant.

Pour des végétaux légers et sensibles comme les fleurs, la chercheuse Padma Vankar nous apprend qu'on peut aussi simplement les congeler, ce qui libèrera les colorants. Information reprise à son compte par India Flint. Rendons à César...

Comment savoir si la plante a donné tous ses principes actifs? En bouillon, nous a enseigné Michel Garcia, lorsque la plante tombe au fond du liquide, l'extraction est terminée.

Derniers principes essentiels: selon le même enseignant, j'ai compris qu'il ne me fallait plus raisonner en terme de couleur mais bien en famille de colorants (selon leur contenu en principes actifs). On n'extrait pas pareillement la couleur d'un végétal à flavonoïde et celle d'une source de quinones. On le verra en détail plus loin.

La technique hyperrapide des monobains acides de Michel Garcia, par exemple, ne fonctionnera que pour les anthra- et naphtoquinones.

La technique de bouillon convient à toutes les familles, mais donnera des effets plus bruns sur les végétaux contenant des tanins, si on dépasse la température de 60°C.

Nous disposons depuis une dizaine d'années d'une grande facilité en teintures: on vend des extraits colorants en poudre, qu'il suffit de diluer dans un bain pour pouvoir teindre. Divers avantages pratiques, dont l'économie de temps et de surface de rangement ainsi que la garantie de reproductibilité des couleurs. Mener ces teintures rapides ne vous épargne pas de comprendre tout ce qui est exposé au début du chapitre.

3. Connaître l'eau utilisée à l'atelier

Les eaux de distribution (ou de puits) ne sont pas standard. Nul ne peut prédire le ton exact que produira un extrai colorant ou une plante, dans votre atelier. Il vous faudra une fois pour toutes, en début de course, tester au moins deux paramètres: l'acidité et la teneur en fer.

Je propose de tester votre eau d'atelier en toute simplicité.

Lors de mes premiers pas en teintures naurelles, j'ai testé la teinture au marc de café. J'ai observé qu'en eau de distribution le ton était beige tirant sur le gris; en eau déminéralisée (récup' du séchoir ménager) le ton était d'un beau beige lumineux. J'en ai déduit que l'eau de distribution devait contenir un peu de fer, chez nous. Le café est riche en tanins, les tanins grisent lorsqu'ils rencontrent du fer. Voilà ce qui se passait dans ma teinture... Désormais, j'utilise l'eau déminéralisée dès que je teins avec une plante qui risque de contenir des tanins.

Econo-logie - jouer avec Sinner

Les normes et paramètres utilisés par les Anciens, et reproduits aujourdh'ui par la plupart des ouvrages sur les teintures naturelles, peuvent être changés pour les hobbyistes. Basons-nous sur le cercle de Sinner et jouons des variables de choix : le temps et le pH...

C'est ainsi que je peux proposer, en Slow-Dye, des procédés un peu différents de ceux de nos Anciens: cuire moins haut, moins longtemps (ou ne pas cuire du tout).

Le terme écon-nologie réunit "économique", "écologique" et "logique"... Il n'est pas joli, mais il est si parlant