Slow-dye

Brouillon d'un livre à paraître...   

  

Retour à l'atelier: mordancer

10.1 Suite de ma reprise des teintures "retour à l'atelier" : décatir soigneusement avant de teindre, tests d'acétatalunage de Catherine Ellis et diverses remarques sur le mordançage, la consommation d'eau, etc.

Décatir soigneusement avant de teindre

Tous les fils, les rubans et les tissus sont décatis sérieusement. Je suis surprise que tant de mes camarades teignent sans même laver, ne parlons pas de décatir. Quel dommage ! Les huiles de filature vont se charger de colorant, puis partir au prochain lavage…

Comment je procède?

Le coton : deux heures environ d’un bain de savon et de cristaux de soude. Impressionnant de voir la couleur du bain, après avoir décati du coton écru : brun !

La laine en fil : bain de lessive laine. Les toisons ou les filés main : un traitement plus hardi, vu le suint qui reste. Je lave deux fois, la première avec ajout de cristaux de soude.

Si vous aimez les dosages, on recommande 2% de savon PTS (ou 20ml pour 1kg de laines) + 8% PTS de cristaux de soude (80gms).

La semaine passée, j’ai déjà mordancé les fibres décaties ou lavées :

* les cellulosiques (cotons)   à l’acétate d’alumine, selon la recette de Michel Garcia (abréviation AA) : trempés dix minutes et bien manipulés pendant ce temps-là, essorés, puis séchés à cœur (parfois au four quand je suis pressée !). Juste avant la teinture: trempés dans bain à pH 8.5 pour neutraliser l'acidité.

* et les protéiques (laines et soie) à 8% d’alun et 3% de crème de tartre (abréviation : A8-3). C’est peu, mais je mordance dans de l’eau « morte », c'est-à-dire de l’eau récupérée du séchoir, que j’appelle « déminéralisée ». L’eau de ville chez nous est très « calcaire », c'est-à-dire très chargée en minéraux. Si je dois mordancer avec cette eau, je double parfois les doses d’alun pour les laines et soies.

J’ai filé des laines locales qui sont retordues sur un mélange du commerce soie/coton, ces laines-là vont passer dans le camp des cellulosiques pour le mordançage.

Acétate d'alun janvier 2021 (AA)

Je reprends un extrait de procédures 2015, ça n'a pas changé

Doses d'AA. Quand j'ai environ  un sac Delhaize (grande surface belge) de cellulosiques à mordancer, je prépare l'AA à base de 5 litres d'eau chaude, dans laquelle je dilue 50 grammes d'alun - 2 minutes - j'ajoute 25g de cristaux de soude - 2 minutes puis 1/2 litre de vinaigre blanc ou plus ou moins jusqu'à limpidité. Solution très instable au plan chimique, ne conserve pas -> calculer ce qu'il faut. S'il reste un peu, on jette, tant pis. On perd des matières très peu chères et un procédé très rapide (5 minutes).

Pour des infos plus "tuto", vous inscrire aux stages chez Michel Garcia.

Je ne trempe que 10 minutes à 30 minutes dans ce bain chaud. Au début je laissais cuire ou reposer, mais MG nous a expliqué qu'il s'agit plutôt d'un phénomène éponge. Au stage en NL aout 2014, on trempait même 5 minutes max dans une solution sans eau ou quasi (alun/cs/vinaigre?).

Tout le liquide sera absorbé par ce volume de fibres.

L'AA ne fera bien son boulot que si la fibre est bien séchée à coeur, que l'alun a "maturé" si l'on veut.  Quand je suis pressée pour des tests (selon les plages horaires dont je dispose entre les projets au boulot), je sèche les linges au séchoir ménager; et les fils au four de cuisine entr'ouvert (75°C, chaleur tournante). Je les sors quand ils sont bien secs, ils ne sentent plus le vinaigre. Je ne les passe pas en bain de craie, ou dans la lessive de cendres 5'. Cendres: je suppose que ça fait le même effet de neutraliser l'excès d'alun. Dans les faits, ça teint bien.  Moins casse pieds que le bain de craie, qu'il faut longuement rincer ; et moins de gaspillage d'eau.

Quand j'ai le temps, je laisse sécher bien plus longtemps, il paraît que la couleur est plus vive.

Intensité des tons : eau et mordançage

On court tous après un beau rouge de garance sur coton, un beau jaune de gaude, solides à la lumière. On sait que la qualité  de l’eau importe, ainsi que la terre de culture de la garance. Et on sait que le mordançage est capital, tout comme les doses de colorant utilisées.

On peut faire ses propres tests, mais on peut s’inspirer des copines aussi. J’aime particulièrement le mental rigoureux et procédural de l’américaine Catherine Ellis (CE ci-après). Dont je lis régulièrement le blog : https://blog.ellistextiles.com.

Je voudrais m’assurer d’un beau rouge sur cellulosiques, celui que je n’obtiens pas à ce jour. Je crois que je vais devoir passer à un prébain de tanins (plutôt que les  200% de PTS de garance que préconisent certains).

Selon les tests de CE et sa collègue chimiste Boutrup : le prébain de tanin améliore le ton ainsi que la tenue lumière, même lorsqu’on mordance les cellulosiques à l’AA. Voir son article de 2014, avec moult photos édifiantes :  http://www.turkeyredjournal.com/archives/V19_I1/brown.html, qui affine ses tests, transmis en  2010 dans Turkey Red Journal http://www.turkeyredjournal.com/archives/V15_I2/DeSouza.html.

Ma question : dois-je rincer ou simplement essorer entre les étapes ? CE rince et sèche entre chaque étape, mais je ne comprends pas pourquoi.

Elle utilise 10% PTS de tanins galliques pour l’étape 1 et, pour l’étape 2,  8% d’acétate d’alumine en poudre  ou une recette domestique.

Pour cette dernière, elle utilise une recette différente de celle de MG pour l’AA fait maison (inspirée de J. Liles je crois)  : 12% PTS de sulfate d’alumine dans de l’eau chaude, 1.5% PTS de carbonate de soude dans de l’eau chaude ; mélanger les deux, ça va mousser ; ajouter de l’eau et la fibre traitée aux tanins, prémouillée.  Tremper 2h si chaud, 6h si plus frais. Rincer, puis sécher. CE n’indique pas un trempage du coton dans un bain de craie avant teinture comme on a appris à le faire chez MG?

 

Commentaires photos pour les tests cellulosiques. Les photos que CE transmet en 2014 sont exposées comme suit, en 4 cadrans : le haut gauche huiles/tanin, le haut droite tanin sans huile, le bas gauche huile sans tanin, le bas droite pas d’huile pas de tanin. Les 4 tests dans chaque cadran : 8% d’acétate et craie ; 8% d’acétate ; AA et craie ; AA seul.

Je résume pour les non-anglolisants.

Cochenille à 5% PTS :  

source image http://www.turkeyredjournal.com/archives/V19_I1/images/ellis1.jpg

Ce sont clairement les 11 et 12 qui sont les plus denses  : soit prétanin puis AA et craie en post bain (11) ou sans post-bain de craie (12). Pour la différence de ton si minime, je m’épargne le post bain de craie.

Idem pour la gaude à 50% PTS :

source image http://www.turkeyredjournal.com/archives/V19_I1/images/ellis2.jpg

Garance à 200%

source image:  http://www.turkeyredjournal.com/archives/V19_I1/images/ellis3.jpg

C’est ici que c’est encore plus flagrant, il faut clairement des tanins pour le coton, voir les nr 1 à 4 ou 9 à 12

CE a aussi évalué la tenue lumière par un test domestique. Voir:

source image http://www.turkeyredjournal.com/archives/V19_I1/images/ellis5.jpg pour la gaude et la garance.

A nouveau les 11 et 12 ont une bonne tenue. Je ne vois pas de différence entre eux deux : donc pas post bain de craie. Elle n’a pas repris les 13 à 16 ? soit AA sans tanin sans huile ?

 

Elle rappelle que le choix des tanins importe. Tanins clairs ou sans couleur (galliques): noix de galles, tara, acide tannique. Tanins jaunes (ellegiques): myrobolan, grenade, fustic. Tanins rouge-brun (catéchiques): cachou, québracho.

 

Mes tests perso

CE propose des prébains de tanin, ce que je n’ai pas fait lors de la première série d'acétatalunage.

Procédé avec l’alun classique  :  on choisit soit TAT (tanin alun tanin) soit ATA (alun tanin alun). 

Il se fait que j’ai déjà mordancé AA une série de cotons. Je vais les passer aux tanins, mais sans les réaluner ensuite (ATA). Quand j’ajoutais plein d’infusettes de thé de récup’ dans mes bains de garance, j’obtenais des tons plus denses. Or, ça équivaut à ajouter les tanins dans le bain de teinture non ?

Je vais d’ailleurs plutôt tester d’ajouter des noix de galle dans le bain de teinture des cotons passés simplement en AA. Je verrai l’effet. Il suffira d’être attentive et de ne pas les approcher du sulfate de fer (sinon réaction noircissante). Un jour, si l'occasion se présente, je demanderai à Michel Garcia son avis sur cette idée.

Pour info,  les 200% PTS de garance préconisés par beaucoup me semblent bien excessifs, si j’en juge par l’effet que j’ai obtenu sur lin, lors d’un stage avec Michel Garcia fin août 2014 (thème : polychromatismes en un seul bain)

Je mordançais mal à l'AA et je conduisais mal mon bain de garance. Avec lui, j'ai obtenu un superbe rouge sur du lin sans trop bricoler: simplement la bonne dose de garance en poudre (indienne 50%) additionnée de 10% de noix de galles en poudre, une montée lente à 60°C puis un vrai chauffage jusqu'à 80°C pendant dix minutes.

L’attachement à ces critères est aussi important pour la résistance lumière. Qui a déjà été testée par d’autres comme CE. Mais, comme j’explore des méthodes écono-logiques et que je tente le moins de chauffe possible, je dois refaire des tests car mes camarades ne testent pas à froid ou quasi.

Voir mes billets de 2015

 

 

Crème de tartre

Pourquoi la crème de tarte ? Selon mes notes de stage, elle  « va agir en tampon et va couvrir tout excès d’acidité ou basicité d’eau » + « la CT empêche précipitation d’alun dans eau trop basique + empêche qu’alun cristallise quand la laine est au repos dans le bain + après une semaine de repos, la crème de tarte et l’alun se combinent pour faire du tartrate d’aluminium qui enlumine les couleurs. 

Le mordançage classique laine dans les livres de teinture est d’1h  à 80°C avec 20 % d’alun et 3 à 6 % de crème de tartre.

J’ai gardé quelques laines non mordancées, elles iront dans des monobains acides à la Michel Garcia.

Mordançage et indigo en surteinture

Pour les verts, grenats, marrons et violets. La technique voudrait que l’on amorce par la teinture en bleu et que l’on ne mordance qu’APRES le passage en cuve d’indigo, car cette dernière abîmerait le mordant.

Mais, chacun selon ses affinités, je n’arrive pas à programmer ce que je vais faire, j’improvise de jour en jour. En outre, j’aime travailler en séries. Quand je mordance, je mordance !

Ce que je ferai pour les couleurs   en mélange (verts, grenats et violets) ? Simple : je remordancerai après la teinture en bleu.

Et puis parfois, c’est en cours de route que je veux transformer un orange en grenat : et alors, zoup dans la cuve d’indigo.

Eau et températures

Aujourd’hui j’utiliserai pour la teinture de l’eau de ville, « calcaire » chez nous.

Je commence  par l’eau la plus chaude au robinet (50°C), puis je monte lentement en température, non par volonté, mais parce que j’utilise des becs électriques un peu faiblards.

Sans vraiment passer à la marmite norvégienne, je ne tiens pas la chaleur maximale pendant une heure. J’utilise plutôt la chaleur résiduelle: je laisse à 80°C dix minutes, à couvert. J’éteins et je laisse faire +- 12 heures. Si je passe dans la buanderie pendant ce laps de temps, je tournicote un peu dans la casserole, pour remuer les laines. Je ne procèderais pas ainsi pour les tissus, de pur qu’ils bringent. Catherine Ellis prétend que cela n’arrivera pas. Prudence.

La marmite norvégienne, aussi appelée marmite péruvienne, consiste à chauffer en casserole jusqu'au frémissement (dix minutes), à ôter du feu, à couvrir et emballer dans une couverture de laine bien chaude. Secouer la casserole de temps en temps, sans l'ouvrir, pour que la fibre s'imbibe bien du colorant. Attendre 12 heures avant de déballer. Le bain est alors encore à environ 30°C.

Dans une maison chauffée au poêle à bois, on peut transférer la casserole bouillante sur le dessus du poêle. Le liquide ne bout plus, mais il reste aux environs de 60-70°C. La couleur prend en une heure à une heure trente, sans surveillance. Remuer de temps en temps pour un bel unisson.

Après teinture, je ne rince pas encore, j’essore et je laisse sécher le tout, pour « oxyder » ( ? suis même pas sûre de ce que je fais).

Je rince le lendemain : en fait, je lave toutes mes productions de la veille et de l’avant-veille dans le même très grand seau, au savon dans une eau chaude 50°C. Puis je rince dans un même autre grand seau d’eau de ville. Les laines passent quelques minutes dans un autre seau d’eau un peu acidifiée au vinaigre.

Cela peut paraître consommer beaucoup d’eau et pourtant : si l’on condense tous les lavages après teintures dans un seul même grand seau, quelle économie d'eau !

 

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