Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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10.12 Les rouges de bourdaine?

Les glaneuses et les explorateurs ne se satisfont pas de la garance pour les rouges, encore moins de la cochenille. On ne peut pas les glaner près de chez et c'est loin d'être écolo de faire voyager ses petites copines de si longs kilométrages (Mexique, Cap vert, etc.).

Ils ne souhaitent plus non plus utiliser de bois exotiques pour les mêmes raisons ou pour des raisons de préservation du patrimoine (variétés protégées - voir http://www.wood-database.com/wood-articles/restricted-and-endangered-wood-species/).

Ils peuvent en revanche récolter des branches de bourdaine, réputées donner du rouge. Voyons voir.

Extraits du traité de Leuchs sur la famille rhamnus (nerprun, bourdaine)

En 2013, je me suis inspirée de ce passage pour amorcer des bains froids d'écorce de bouleau en lessive de cendres (pH 9 chez moi, que je rectifie de temps en temps, car sans couvercle le bain s'acidifie). Pourquoi le bouleau? Car je n'avais que ça sous la main...

Résultats: rose indien et rouges passés selon que je reste à 9 ou que je monte à 11 de pH.

2014. J'ai ensuite pu me procurer chez Michelgarcia.fr de l'écorce de bourdaine séchée, concassée ("frangula alnus" me dit l'étiquette). J'ai refait le même test, mais plus structuré dès lors que j'avais les instructions de Jenny Dean: la couleur obtenue est orange chaud, mais pas rouge.

Avec la racine de rhubarbe achetée chez le même fournisseur ("rheum palmatum"), aussi séchée et concassée, et avec la même méthode, j'ai obtenu des tons grenats.

Leena de Riiihivilla cite qu'un beau rouge peut être tiré de son écorce en fermentation alcaline, selon une chercheuse (Krista Vajanto, doctorat en archéologie). Cette dernière a trouvé de beaux rouges stables sur des vêtements d’un époque où il était impossible que les Finlandais (ou approchants) aient trouvé  de la garance. Elle est partie de l’hypothèse qu’ils tiraient le rouge de l’écorce d’arbres, par fermentation. Le test de Leena donne aussi des oranges avec "faulbaumrinde" (= bourdaine en allemand). NB perso: macération n'est pas fermentation, il faudrait lire le texte original...

Son récapitulatif dans http://riihivilla.blogspot.be/2012/03/buckthorn-bark-experiment-and.html

2015. Lors d'une discussion sur le forum de tricofolk, je vois une laine d'une des participantes, teinte à la bourdaine en milieu basique: franchement rouge, même lumineux! Je vérifie chez Jenny Dean: le buckthorn qu'elle a testé (p 111) donne aussi du rouge, aussi lumineux. C'est du "rhamnus cathartica": sur laine de pays non mordancée en alcalin, elle obtient des tons depuis rouge rosé à orangé en passant par corail selon force des bains.

et aussi sur laine non mordancée: jaune orangé, avec cuivre: beige verdâtre; avec fer: beige verdâtre; mordancée aux tanins de ronces (100% PDF - rubus fruticosus): bruns - si vous voulez la photo, achetez le livre!

La bourdaine vraie (p 75 de Dean), le "frangula alnus" (nouveau nom pour "rhamnus frangula"), donne aussi du rouge en alcalin chez elle, sur laine du pays mordancée alun.

et aussi sur laine non mordancée: jaune orangé, avec cuivre: verdâtre; avec fer: brunâtre; mordancée aux tanins de ronces (100% PDF - rubus fruticosus): jaune orangé plus dense que le nr1

Dans le même livre, Jenny Dean montre les photos des ses teintures à base de racine de rhubarbe, en mode alcalin ( p114). Si elle les sèche à l'ombre: rose; si elle les sèche au soleil: bleuâtre. Phénomène de photo-oxydation qui se reproduit à chaque fois qu'on trempe et séche les fibres, même tricotées et portées. Voir son billet. Son seul autre exemple: lichen Xanthoria parietina.
C'est ce qu'Eleonore Moine avait obtenu avec des racines de rumex (je dois encore monter la vidéo de mon interview d'Eleonore, honte sur moi). Rumex-rhubarbe: même combat?


Quand vous testez la teinture de bourdaine, ne jugez pas la couleur au sortir du bain. Laissez-la s'oxyder à l'air. Comme pour le noyau d'avocat, la couleur changera à l'air. Michel Garcia: "en milieu basique, sur la durée, les tanins catéchiques se polymérisent en phlobaphène; c'est d'ailleurs comme cela qu'on produit l'extrait de quebracho utilisé dans le tannage des cuirs».

Comme j'aime tout vérifier, j'ai trouvé ceci dans un document de recherche

Les phlobaphènes sont des substances colorantes dérivées de tanins, extraites par les acides ou des enzymes. Aussi appelés "tanins rouges" ou phlobotanins. Etymologie: phloios = écorce; baphe = teinture selon wikipedia. On en trouve dans le houblon (?).
Voir ausi https://en.wikipedia.org/wiki/Phlobaphene: "Phlobaphenes (or phlobaphens, CAS No.:71663-19-9) are reddish, alcohol soluble and water insoluble phenolic substances. They can be extracted from plants, or be the result from treatment of tannin extracts with mineral acids (tanner's red). "

NB non explorateurs: il ne faut pas nécessairement pratiquer l'extraction alcaline. On peut faire macérer 48 heures dans de l'eau, teindre dans le bain d'extraction à chaud (60°C), classique. Quand le ton voulu est atteint (dans les jaunes), arrêter le feu. Sortir la laine quand le bain a refroidi. La tremper dans un bain alcalin à pH 9 ou 10. Laisser un peu oxyder pour que le rouge apparaisse. Cela restera un rouge fragile, car le trop acide (splash de vinaigre en cuisine...) risque de le modifier radicalement.

un ruban de soie en extraction alcaline de rhubarbe: la moitié a été trempée ensuite dans un bain acide -> elle "retourne" au jaune...


20.12 Retrouvé cette référence dans mes notes de 2012 : une expérience de fermentation d'écorce de bourdaine, selon la recette de Leuchs reprise par D. Cardon, par Growing Colour en 2007:

photo du blog; ses commentaires: sur alun, alun et ammoniaque, cuivre, cuivre et ammoniaque, étain, étain et ammoniaque, fer, fer et ammoniaque. La laine et la soie sortent jaunes puis deviennent rouges orangé à l'air.
Sa source: buckthorn bark différent de alder buckthorn ("notre" Frangula Alnus). 200g de matière pour 2.2 litres de lessive de cendres, chauffée à 50°C puis maintenue chaude pendant 8 jours - pH 8 à 9 entre 35et 40°C permanents

Sa procédure de modifiant: tous les échantillons à 8% alun 7% CT. Puis elle divise le jus en 8 pots de 50ml, elle ajoute les modifiants dans chaque pot

Comparer ce qui s'est passé entre 28 novembre (photo ci-dessous) et 6 décembre (photo ci-dessus avec les rouges)


photo blog Growing Colours

Novembre: cuisson classique; décembre: après fermentation à chaud 8 jours - laine et soie dans la fermentation à 35°C (lessive de cendres)

Eh bien, ma choupinette, tu as sauté l'étape précisée dans Leuchs "faisant tremper dans la liqueur maintenue chaude" .... 40°C suffiraient donc... Je retourne à mes essais!