Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

plus

1.12 Violet de garance et fermentations à froid: tapis anciens en Turquie

Dans son formidable ebook "Fibres, couleurs et fils", Ulrike Bogdan relate le travail du docteur Manfred Bieber sur les teintures de tapis anciens turcs.

Sur son site, on trouvera le résumé de son intervention lors de la 7eme conférence internationale sur les tapis orientaux (Hambourg-Berlin, juin 1993)

Son travail technique, illustré par ses photos microscope, a consisté à vérifier sur des tapis anciens si les couleurs avaient été communiquées à la laine par fermentation ou par bouillon. Il démontre que les teinturiers utilisaient en partie la fermentation.

Il se réfère aux investigations au Moyen Orient de V.G.Moshkova entre 1929-1945. Cet auteur citait à plusieurs reprises les procédés de teinture à froid tels que les utilisaient à l'époque les artisans rencontrés. Cela fait sens si l'on sait à quel point la chauffe leur coûtait cher en recherche de bois...

Je traduis: "Ils cuisent de la farine de mil à l'eau, ajoutent une poignée d'alun, laissent macérer cinq jours. Ils y ajoutent la matière et laissent encore macérer dix jours. Ce n'est qu'alors que la teinture à la garance peut commencer. "

Le dr Bieber a conduit de nombreux tests, entre autres sur la résistance lumière.

photo de laine teinte au nerprun, après un an d'exposition à la lumière du Sud, à Istamboul:
en haut, teint par fermentation; en bas: teint classique

Il cite une technique turque ancienne pour obtenir du violet de garance sur la laine.

On sait à quel point le fer peut abîmer cette fibre, mais sachant l'état de conservation de ces tapis anciens, on peut imaginer que la procédure à froid les protège. Pourtant, le docteur Bieber cite des pourcentages de 2% (refrain connu) à 10% (ce qu'aucun teinturier actuel n'oserait).

Pour du violet de garance selon la technique turque à froid (gauche sur la photo)

  • La température ne peut pas dépasser 40°C pendant tout le processus, depuis le mordançage jusqu'à la fin de teinture.
  • La température extérieure doit être de 30°C (été turc), pour amorcer la fermentation - ce que nous pourrons simuler ici avec nos techniques de Slow Dyexx.
  • Mordancer la laine dans un jus de fer de 2 à 10%, à moins de 40°C.
  • Déposer la laine ensuite dans un bain de garance, avec du son de blé et du levain. Laisser fermenter cinq à six jours, sans chauffer. Ne pas dépasser 40°C (hors chauffe, je vois pas comment on y arriverait, ceci dit).
    Mes commentaires: la garance, racine, fermenterait seule avec le son de blé; le levain accélère probablement le processus. J'imagine qu'on pourrait ajouter du petit lait si l'on fait son fromage (aussi riche en bactéries de fermentation)
    Novembre 2015. Je suis en train d'essayer avec du son de blé et des EM, souche mélangée qui devrait fonctionner à température belge 20°C.
  • Pour du violet : laisser 2 jours dans un bain à base de lessive de cendres

A haute température la pseudopurpurine est transformée en purpurine, ce qui empêcherait l'apparition du ton violet.

Ce procédé n'est pas efficace sur la soie, selon le dr Bieber; fibre pour laquelle il utilisera de l'alun et de la cochenille.

Il communique ses nombreux tests des eaux locales en Turquie, son pays de prédilection pour la défense du patrimoine.

Aussi quelques tapis anciens à fonds noirs.

Ses tests sur laine avec indigo et combinaison "garance fermentée" puis indigo. Toujours à quasi-froid, pour éviter les dégâts du fer sur la laine. Le bon docteur Bieber vérifie tout au microscope.