Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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19/11 Teinture végétale en monobain acide d'orcanette - sans plaque de chauffe

Je voudrais tisser une étole de laines teinte en nuances de violet par l'orcanette. Couleur : un mauve tirant sur le gris, qui ne passe pas du tout en photo, mais qui est d'une chatoyance que je ne trouve qu'avec cette plante.

Pourtant, l’orcanette est dit moyennement à peu résistante à la lumière. Or:
1/ j'habite en Belgique... là où nos Anciens ont imaginé que le ciel tomberait sur nos têtes. Souvent couvert, peu d'UVs. Etole que j'utiliserai en hiver, en plus!  
2/ je ne chamarrerai pas avec d'autres couleurs, je vais jouer des nuances que donne la plante. Dans deux ans, si la couleur passe, plouf! je reteindrai l'étole, tiens.
3/ les résultats de teinture à froid ou quasi froid sont souvent différents du bouillon à 90°C pendant une heure, ce qui est la technique la plus courante. Qui sait?

Je teste le monobain acide inventé par Michel Garcia, ce que j'avais déjà fait avec de beaux résultats. Cette fois-ci j'essaie en variante écono-logique, sans plaque de chauffe.

Résumé des épisodes précédents: mon atelier a flambé, je dois improviser dans une buanderie sans plaques de chauffe. Depuis deux semaines, je fais des incartades en cuisine quand je peux pas faire autrement, car la famille prend des airs de Siciliens fâchés quand ils me voient débarquer avec des produits de teinture, les croyant toxiques (vous imaginez si c'étaient des teintures synthétiques?).

Des produits qui cuisent sans couleur et sans odeur ne les incommodent pas. Je chauffe donc en cuisine soit l'eau déminéralisée que je récupère du séchoir à linge (pour la cochenille, par exemple; car les couleurs sont franchement plus lumineuses qu'à l'eau du robinet); quand elle est bouillante, je la redescend en buanderie et j'y fais macérer 24 h mes cochenilles moulinées.

Ou je chauffe pour cette opération-ci les noix de galles moulinées (voir ci-dessous). Je ne tente pas d'extrait à froid, car j'ai lu chez Padma Vankar que l'acide tanique se décompose lors de la fermentation aqueuse.

Procédé

  • J'ai fait bouillir 10 minutes en casserole 20g de galles moulinées finement; couvert; laissé macérer 30 minutes
  • Filtré, gardé le solide dans un nouet, sera remis le nouet dans le bain restant
  • rempli petit seau d'eau bouillante robinet (+- 4litres), de 75g d'orcanette en poudre (achat ll -> vieille, voir conclusion), 30g de vinaigre blanc (pH 4,5): je dois tourner plus que de coutume pour que la poudre se dilue bien
  • ajouté la moitié du jus de galles, je garde l'autre pour l'essai de demain
  • ajouté 100 g de fibres: 75g de merinos d'arles en ruban, lavé EM; 15g de soie maubère, lavée EM
  • posé un poids dessus, couvert, laissé macérer 1heure
  • j'extrais une partie  pour pouvoir contrôler
  • le reste -> en bouillon classique 60°C 1 heure, sur le feu de la cuisine (les gars ne sont pas là...). Résultat: voir fin de page
commentaire hors sujet - quoique... je respecte la demande des gaillards de ne pas enfumer leur territoire, au même titre qu'ils respectent mes ridicules peurs du noir ou des ascenseurs; mais quand ils ne sont pas là, ils savent bien que leur souris danse
  • J'extrais une partie des deux fibres -> dans le bain de sulfate de fer cinq minutes, j'imagine qu'avec un fond de galles dans la laine ça va tirer vers les noirs (réaction typique fer sur tannins)

Classiquement, l'orcanette est extraite à l'alcool. Ici pas. Normalement, elle ne donne des mauves que sur les fibres mordancées à l'alun. Ici, elle donnera ses mauves sans alun. Enfin, elle donnerait, car la couleur est clairement inférieure à ce que j'aurais dû obtenir. Voir le beau grenat violacé sur l"étamine de laine (le test nr 7). Voir ci-dessous.

xxphoto

Sur la photo: droite = trempé un peu à froid; gauche = bouillon 60°C 60 minutes - sur mérinos d'arles en ruban et soie maubère en ruban

Conclusion

Ne plus essayer de teindre avec de vieux stocks de teinture, c'est de l'économie de bout de chandelles. C'est une belle illustration pour les apprentis teinturiers sur les valeurs tinctoriales selon l'âge du stock.

Note to myself: doré de l'avant, noter la date d'achat sur les sachets de la droguerie Le Lion. Ils ont peu de turn-over pour les colorants naturels, il y a si peu de teinturiers végétaux. L'orcanette était déjà peut être stockée chez eux depuis des années. Je l'ai moi-même gardée 5 ans.

Le même test le lendemain avec de l'orcanette fraîche, toujours sans plaque de chauffe

  • Rempli petit seau d'eau bouillante du robinet (+- 4litres), de 100g d'orcanette en poudre fraîche, de 30g vinaigre blanc (pH 4,5), du reste du jus de galles d'hier
  • ajouté 100 g de fibres: 75g d'entre sambre et meuse, lavé savon; de 15g de soie maubère, lavée EM
  • posé un poids dessus, couvert, laissé macérer 2 heures
  • ôté une partie, fait bouillir le jus à 60°C 20 minutes
  • ôté un petit peu de chaque fibre -> dans le bain de fer: noircit fort bien sûr (tanins de la galle)

Résultat:le bouillon 20 minutes a donné la couleur attendue, soit un merveilleux violet profond. Voir photo. Etape suivante: tester la solution à quasi froid pendant 48 heures, en ajoutant deux cuill. s. d'éthanol pour éveiller l'orcanette. Etape sursuivante: post bain dans la cuve d'indigo, pour obtenir cette merveille de vert anglais foncé qu'on a eu au stage chez Michel Garcia.

xx photo

Sur la photo: droite = trempé 2 h en tiède puis froid; gauche = bouillon 60°C 20 minutes - sur toison entre sanbre et meuse et soie maubère en ruban

Commentaires sur le fer: j'ai testé par acquit de conscience, mais c'est dommage de "griser métallique" une si belle couleur de base. Oublier le post bain de fer pour l'orcanette en monobain acide.