Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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30.10 Extraits colorants: infos techniques

Je continue à investiguer le sujet des extraits colorants. Voir aussi le billet du 1/8/14: "Extraction à l'alcool + évaluer le pouvoir tinctorial"

Ci-dessous un échange mail avec le très réactif Patrick Brenac de Green'Ing. Comme ça fait plaisir d'avoir des réponses documentées! En nutri, j'avais pu faire le lien avec des chercheurs partageurs (américains, bé sûr, les Européens font un peu plus de rétention d'information). Parfois profs en fac, ils répondaient à mes nombreuses questions techniques sur les dessous de la nutri. En teintures végétales, je suis un peu marrie. Je n'ai pas encore trouvé les mêmes voies d'info.

Mon mail

bonjour,
où peut-on trouver les  bases des processus d'extraction utilisés pour la  production de vos colorants naturels?
Pour  un profane, les  normes GOTS & Cie ne sont pas parlantes  ni  suffisantes.
J'étais restée sur  un exposé d'il y a deux ans selon lequel on extrait à  l'alcool, selon les dosages très étudiés (et longs à  étudier, je ne demande donc pas de procédés secrets),  avant de sécher par un procédé industriel. Rien de bien  dérangeant pour une écolo.

Utilise-t-on désormais d  'autres solvants?

J'ai été intriguée  d'apprendre de votre bouche au forum à Lauris que l'extrait cochenille  par exemple provient de la même source que les teintures  alimentaires.

Je débute en teintures, mais j'ai  beaucoup investigué les process d'industrie alimentaire  pour mes livres. En résumé: vu ce que j'ai appris, je  ne les crois que d'une oreille.

Mon discours pour  convaincre les copines d'arrêter de recourir aux  teintures alimentaires n'a plus beaucoup de sens, vu que  j'axais l'argumentation sur la tenue de la couleur  dans le temps.Je  reprends donc un peu l'investigation.

Accessoirement: les fibres  teintes avec colorants passés par l'alcool ou  d'autres solvants sont-elles aussi solides (lumière,  sueur etc.)? J'imagine que des  tests ont déjà été réalisés...  merci!  cordialement, 

La réponse de Green'Ing

"Chère Madame, Je vous joins en PJ un schéma  présentant les différentes étapes de fabrication des  extraits. Les solvants utilisés sont un mélange eau/alcool  végétal ou eau seule.


Plus simplement, on  peut parler de  macération à chaud des plantes dans un mélange  eau/alcool puis séparation de l'extrait liquide par  filtration ou centrifugation puis concentration de  l'extrait liquide, séchage et broyage de l'extrait  sec.
Pour faciliter le séchage et standardiser les  extraits, on utilise en général des supports de  maltodextrines (de maïs).

Pour les extraits végétaux  développés ces dernières années, notamment pour le  marché textile, on n'utilise à ma connaissance que de  l'eau et de l'alcool.

Pour les extraits alimentaires, leurs  spécifications sont décrites dans le règlement européen  CE 231/2012 du 9 mars 2012: Pour la cochenille "les  carmins et l’acide carminique sont obtenus à partir  d’extraits aqueux, alcoolo-aqueux ou alcooliques de  cochenille".

Par contre, pour d'autres colorants alimentaires naturels, d'autres solvants sont  autorisés selon les colorants (acétate d’éthyle,  acétone, anhydride carbonique, dichlorométhane, n-butanol,  méthanol, éthanol, hexane et propanol-2…). C'est le  cas, par exemple, pour les curcumines, les carotènes, les  chlorophylles…

Il convient tout d'abord de faire remarquer que beaucoup  d'utilisateurs font la confusion "colorant  alimentaire = colorant naturel". Bien sûr, cela  n'est vrai que dans quelques cas et il vaut mieux  signaler qu'une grande part des colorants alimentaires  ne sont pas naturels.

Ensuite, il faut préciser que la  plupart des colorants alimentaires naturels vendus dans le  commerce (au rayon pâtisserie bien souvent) sont des  produits peu concentrés et qu'il ne fonctionnent pas  très bien en teinture. Il existe parfois des produits très  concentrés (chlorophyllines par exemple) mais aussi très  chers.
Dans le cas de la cochenille, il existe des grades de concentrations intermédiaires..

Les faibles solidités constatées  avec les colorants alimentaires sont dues à la nature des  molécules présentes (carotènes, curcumines, chlorophylles  sont des molécules peu stables et peu solides) mais  également à leur concentration. La cochenille reste ici  aussi une exception car elle procure des solidités  satisfaisantes même utilisée à de faibles % pdf".

Ma conclusion temporaire, en cours de dossier

Les extraits colorants naturels tels que produits ainsi ne posent pas de grand souci à mon coeur écolo/nourritures vraies. Les industriels mettent en oeuvre des appareils plus puissants que nous, tout simplement. De l'éthanol: j'ai rien à dire, j'en utilise aussi pour de nombreuses manipulations bricolières...

Colorants alimentaires. En complément de ce que je viens de transférer ci-dessus de la part d'un fabricant de teintures, je suis encore loin d'être convaincue par les colorants alimentaires qu'utilisent en teintures depuis peu tant de mes camarades du net, ne fut-ce que parce que je connais la production industrielle de certains produits alimentaires à l'apparence saine. Je dois absolument fouiller ma doc pour retrouver la bio d'un yaourt aux fraises à l'arôme fraise que j'ai publiée dans un de mes livres. Vous seriez ébahi de voir ce que traversent ces fraises!

Greener shades. Dans la gamme "naturo", il reste les teintures de la marque Greener Shades, annoncées au rayon écolo car elles ne contiennent pas de métaux lourds. Le site américain du fabricant est très bavard sur ce sujet là, mais peu sur les autres parties de la production de la marque. Les teintures répondent aux normes GOTS (dont je n'ai aucune envie de lire le cahier des charges, ce qui est hors de mon domaine hobby d'ailleurs - voir le délice que ce serait ici, page 8).

Je continue l'enquête à mon niveau, mais à ce stade-ci j'ai trouvé peu de curieux, même aux States, qui creuseraient leurs techniques et leurs effets. Comme s'il suffisait d'annoncer "je suis le plus beau" pour que toute la rue le croie...

Prêt à teindre de Garcia. Le plus simple absolu, si l'on veut s'assurer d'un produit sain pour l'homme qui le produit, l'homme qui l'utilise et la nature qui le reçoit après utilisation, et si l'on veut une pratique facile, serait à mon avis les "prêts à teindre" (teintures en monobain) qu'a inventées Michel Garcia. Elles sont en vente sur son site et sur le site de Couleur Garance (Lauris, FR). Elles sont une version prête à l'emploi d'une technique végétale tout à fait simple que nous pouvons pratiquer chez nous, selon les instructions dans son DVD.

Evaluez la simplicité du processus: pendant que vous mouillez la laine, diluez la poudre dans l'eau chaude, laissez infuser la laine et voilà! Pas de mordançage ni de trempage au vinaigre, c'est encore plus simple que la teinture au koolaid (alimentaire). Pour des résultats garantis durables puisqu'on connaît la tenue lavage/frottement/sueur/pH de ces sources, avérés depuis des siècles.

Toutes les couleurs y sont, sauf le noir (le plus proche du noir à ce stade de leur recherche: le gris anthracite).

Comparer? Dans un prochain billet je comparerai les prix par 100g de fibre à teindre - prêt à teindre, extrait colorant, greener shades, RIT et processus naturel végétal classique (celui que j'expose depuis le début de ce blog) - , en sachant que la valeur prix est aléatoire: comment évaluer la tenue dans le temps de certaines teintures?

Et en gardant à l'esprit que seules les teintures végétales naturelles ont un effet thérapeutique sur la peau (alors que les autres ont probablement un effet délétère... ce qui n'est que la remarque d'un "canari de la modernité" qui se sent très proche de tous les autres hypersensibles). Ce genre d'effet n'est pas quantifiable, hélas. Pour un allergique, la paix des organes n'a pas de prix. Pour un solide gaillard qui passe au travers de tout, de telles recherches semblent futiles.

Cela fera aussi l'objet d'un billet complet, car ce n'est pas facile à faire comprendre à celui qui n'est PAS hyperréactif...