Slow-dye

Brouillon de mon livre à paraître "Teintures végétales pour les curieuses et les flemmardes"

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19.10 Extraits colorants: mon point de vue

J'ai déjà écrit ici pourquoi je n'utiliserais pas, au premier chef, les extraits colorants vendus dans le monde de la teinture végétale depuis quelques années, tout au moins pas dans mon travail de recherche actuel.

Je comprends à quel point ces extraits facilitent la tâche des débutants, mais ça me chiffonne de ne pas vraiment comprendre comment ils sont produits. En illustration, lors de ses tests d'extraits colorants, l'anglaise Jenny Dean a été surprise d'obtenir du fuchsia lors d'une teinture en garance (à vérifier, souvenir d'il y a cinq ans). "Qu'y a-t-il de plus dans les extraits?". Elle n'a pas eu de réponse.

En outre, dans ma pratique, leur mise en oeuvre ne m'économise pas grand chose en temps, tellement je me suis organisée à l'atelier. Je n'ai pas non plus besoin d'économiser de la place (atelier de 100m2).

Je sauterais juste l'étape d'extraction du principe colorant, étape que j'ai simplifiée par la technique de macération à froid - technique qui me permet de laisser traîner une cuve de macération sans devoir l'utiliser illico, ce qui est obligatoire avec l'extraction par bouillon classique.

Je n'ai donc quasi aucun intérêt à travailler à base d'extrait colorant.

Je répète ici ce que j'ai écrit cent fois en nutrition: ceci n'est que mon angle de travail, il ne vaut que pour moi. Je ne conseille à personne de me suivre, j'expose simplement un point de vue. Je n'émets strictement aucun jugement de valeur quant aux teinturières qui privilégient les teintures acides ou à base d'extraits.

A mes yeux, la teinture végétale doit être naturelle. "Naturelle" est plus proche du "cueilli-cuit" en cuisine que du "prêt à l'emploi même en bio" que je vois prôner par mes camarades naturo.

Je suis exigeante, eh oui. Je ne démonise pas le passage par l'industrie ou par l'artisanat, mais j'aimerais savoir ce qu'ils font. En cuisine, j'ai interviewé tant d'artisans, fermiers parfois, qui ne savent même pas d'où proviennent les ingrédients qu'ils utilisent ni les processus de transformation qu'ils ont subis. En tant qu'étiquettologue autoproclamée, je sais que ce qui est indiqué sur l'étiquette ne couvre pas tout ce qui se trouve dans le produit.

En industrie alimentaire, personne ne voudrait que vous sachiez comment on produit des "arômes naturels". J'en ai exposé le procédé dans un de mes livres. A lire l'opération, plus aucun lecteur ne peut encore croire au libellé "naturel". On part de la fraise, certes. Mais que de brutalités sur le vivant pour arriver à un "arôme naturel"... Même en industrie alimentaire du bio, on a toutes les peines du monde à connaître le détail des processus. "Secret de fabrication": tu parles!

En teinture végétale, je suis confrontée au même flou. Où trouver le détail sur la technique d'extraction? Est-ce la même que pour les teintures alimentaires (pour bonbons & Cie)? Les annonces des fabricants et distributeurs sont assez floues et nous renvoient aux réglementations officielles GOTS & Cie. Ancienne lobbyiste pour un cigaretier, je sais ce que valent les normes internationales et qui les pilote. Cela ne me suffit pas.

On pourrait imaginer qu'il suffit d'utiliser de l'alcool comme solvant puissant, des appareils sophistiqués que nous ne pouvons posséder comme hobbyistes (des "sonicators"? ), des séchoirs puissants pour transformer le résultat en poudre.

Mes premières recherches m'indiquent que les procédés "extraits colorants" ne respectent ma vision du "naturel". J'attends encore une réponse détaillée de la part d'un fabricant (Green'Ing) pour parfaire mon approche.
NB fin octobre: voir le billet suivant sur le même sujet

Il faudrait aussi que, pour une écolo avertie, la production soit localisée en Europe ou tout au moins soumise aux contraintes sociales, santé, éthiques européennes. Dès que je touche du cuir, de la laine, de la soie, je me sens en connection directe avec les ouvriers qui ont produit ces nobles matières. Or, dans certains pays, ils travaillent dans de très peu nobles conditions.
C'est une des principales raisons qui me poussent à dépenser plus de temps et d'argent à chercher des sources locales depuis mon incursion dans le monde de la fibre.
C'est aussi pour cette raison éthique que j'ai appris à coudre mes propres vêtements il y a dix ans,. Euh, qui a dit "ça se voit que c'est toi qui couds"?

En cuisine, je me débrouille pour ne manger quasi que des nourritures vraies, sans additifs,, sans manipulations inconnues. Je suis motivée, car je suis hypersensible à quantité d'additifs, même en bio. Je le fais sans contrainte puisque je n'y passe pas plus de temps que ma voisine, vu que j'ai organisé mon planning en "cuisine minimale". Je procède à peu près de même pour les divers ateliers que j'ai, la teinture végétale étant le plus gourmand en temps.

Cette première investigation me confirme que les extraits ne feront pas partie de ma panoplie. Un teinturier professionnel aura certes recours aux extraits, pour diverses raisons techniques. Dans mon travail de reconnection aux anciens métiers et à la source naturelle, ces extraits ne font aucun sens.

Au passage, ne pas confondre l'extraction du colorant (pour Teindre du tissu) avec l'extraction du pigment (pour Peindre). Le fabricant Kremer (DE) publie un document photo illustrant leur technique d'extraction du pigment, qui n'a de différent de la nôtre que l'ampleur. Voir le pdf.

Laines superwash

Le même raisonnement me pousse à éviter les laines superwash. Certes, elles sont bien pratiques car elles ne feutrent plus. Mais ce ne sont à mes yeux plus des laines, tout simplement. C'est un produit hybride entre l'acrylique et la laine.

Je n'ai pas interviewé de producteur en direct, mais si j'en crois des sites comme Myplasticfreelife, pour transformer la fibre en superwash, il faut la traiter soit en la gainant de nylon ou polyamide ( annoncé comme "une forme de résine polymérisée" mais qui n'est plus du tout de la résine initiale, on s'en doute - sont pas sots les fabricants, ils savent que le mot "résine" raisonne comme le suc d'un arbre... et que le mot nylon est bien moins sexy), soit en lui râclant les écailles par traitement chimique fort à base de chlore - pas le produit favori des écolos de mon acabit !